Résumé
Histoires de crevettes est un court documentaire qui s’intéresse de près à la vie quotidienne des crevettes. Avec une approche à la fois scientifique et pleine d’humour, le film explore leur alimentation, leur digestion, leur nettoyage, leur mue et leur reproduction, montrant notamment comment les femelles portent leurs œufs sur leurs pattes et l’éclosion spectaculaire des larves. On y découvre ainsi avec stupéfaction la fragilité et la complexité surprenante de ces petits crustacés.
L'avis de Tënk
Avec un esprit plein d’un humour joyeux, Jean Painlevé et sa coréalisatrice, Geneviève Hamon, nous présentent une journée dans la vie d’une crevette et ses comparses. Si les deux cinéastes admettent d’emblée que cette élégante et monstrueuse créature aquatique, malheureusement pour elle trop délicieuse, finira probablement avec ses amies dans le ventre des gourmands qui les auront pêchées, leur intérêt envers les aléas et les complexités qui parsèment sa trop courte vie est évident et remarquablement développé. Le film est très court, 10 minutes à peine, mais suffisant pour que les spectateur·trice·s apprennent que l’être humain n’est pas son seul prédateur, la pauvre crevette pouvant aussi succomber à ses propres congénères. Les très gros plans de la bête sont particulièrement captivants, nous montrant la finesse de sa constitution raffinée : minuscules nageoires aux détails bleutés; pattes si fragiles, mais industrieuses, chacune aux fonctions précises; peau et cuirasse translucides qui permettent d’observer la déglutition et la digestion de la nourriture comme par rayon X. Chaque moment de la vie de cette crevette est raconté aussi minutieusement que succinctement, de son alimentation à la ponte de ses œufs à sa mue qui la place dans une position terriblement précaire, avant l’apparition de sa nouvelle carapace, devant ses semblables qui profitent des chairs molles de son état transitoire pour l’attaquer et, vraisemblablement, la consumer. Cruelle vie que celle de la crevette, finalement. Lorsqu’elle n’est pas destinée aux festins humains, c’est son propre monde qui peut lui devenir hostile. Doit-on voir dans ces cycles existentiels une quelconque allégorie sur les habitudes trop souvent brutales des êtres humains? Les cinéastes ne vont certes pas jusque-là, mais les spectateur·trice·s sont libres d’y lire ce que bon leur semble…
Claire Valade
Critique et programmatrice