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40 jours
110 min
Canada, 2019

Production : Isuma Distribution International
Inuktitut
Anglais, Français

Les films de Zacharias Kunuk



Résumé


Dans ce long métrage documentaire, le réalisateur Zacharias Kunuk s’entretient avec des membres des cinq communautés du nord de l’Île de Baffin touchées par le projet d’expansion de la mine de fer de Mary River. Ces conversations montrent clairement la situation difficile dans laquelle se trouvent ces communautés, déchirées entre le désir de soutenir les opportunités offertes par l’expansion de la mine et celui de protéger leur environnement et leur culture. Ce film a été monté à partir des séquences tournées et diffusées en direct pour la Biennale de Venise en mai et en août 2019.

L'avis de Tënk


Après sa Caméra d’or à Cannes en 2001 pour Atanarjuat : la légende de l'homme rapide, le cinéaste inuit Zacharias Kunuk n’a pas accroché ses patins — ou plutôt sa caméra. Loin de là. Retournant chez lui dans les grandes étendues polaires du Nunavut, il s’est à nouveau tourné vers les siens, sa culture, son coin de pays, son histoire et son actualité non seulement pour tourner lui-même de nouvelles fictions et de nouveaux documentaires, mais aussi pour favoriser un développement cinématographique et médiatique chez son peuple et, surtout, pour les rencontrer et leur donner la parole.

Si ce long métrage ressemble beaucoup plus à un reportage qu’à un documentaire d’auteur, c’est parce que c’en était un au départ, ou plutôt une série de reportages diffusés sur les ondes de la télévision inuite. C’est la parole qui prime dans cet assemblage non pas d’entrevues, mais bien de témoignages recueillis auprès d’aîné·e·s des cinq communautés du nord de Baffin qui parlent de l’impact de la prospection minière et du développement de l’industrie des mines dans leur région. S’exprimant en inuktitut, leur langue maternelle que d’anciennes lois barbares du gouvernement canadien ont tenté de leur enlever, ces hommes et ces femmes buriné·e·s par la vie et les éléments s’expriment tou·te·s avec grande ambivalence vis-à-vis de ce sujet brûlant pour eux et leur mode de vie. Étonnamment, malgré toutes les horreurs vécues, les souvenirs d’une Histoire jamais très rassurante dans leurs contacts avec l’Homme blanc, et les constats désastreux qu’ils et elles observent actuellement de leurs propres yeux sur l’environnement et la faune dont leur peuple dépend encore aujourd’hui, ils et elles gardent une grande ouverture et un espoir de pouvoir travailler avec les exploitants et les gouvernements pour parvenir à un usage équitable de leur territoire, tant pour le monde humain qu’animal et pour la planète.

Si la majeure partie de ce film donne la place à ces témoignages tournés en longs plans séquences fixes pour laisser chaque personne s’exprimer sans interruption sur ces questions vitales, les deux séquences d’ouverture rappellent éloquemment que Kunuk est avant tout un cinéaste. Avec ces deux scènes qui semblent de prime abord déconnectées du sujet principal, Kunuk établit un contexte sans équivoque qui permet de mesurer l’ampleur de tout ce qui est en jeu dans ce tiraillement avec les mines, celui des pratiques ancestrales des Inuits (la chasse, la préparation et le séchage des peaux) et l’impact clairement ressenti des changements climatiques sur celles-ci. Mais il montre aussi l’étendue et la beauté suffocantes du territoire, avec ces vues aériennes de la banquise dans toute son aveuglante blancheur contre le bleu profond de la mer du Nord, de même que l’extraordinaire dextérité de ces hommes et de ces femmes, avec leurs gestes millénaires précis, qui ne demandent qu’à vivre en harmonie avec leur monde.

 

Claire Valade
Critique et programmatrice

 

 

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