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95 jours
5 min
Canada, 1977

Production : Keith Lock
Sans dialogues

Les films de Keith Lock



Résumé


Parade se compose en trois parties, chacune utilisant un langage cinématographique différent. La première partie recourt au langage narratif du cinéma pour raconter une histoire mystérieuse; la deuxième utilise un langage visuel expressionniste; et la troisième est constituée d’événements qui se déroulent tous simultanément et qui, au cinéma, ne peuvent être représentés que sous forme de séquence. Le titre Parade fait référence au fait que le film est composé d’images individuelles qui défilent devant nos yeux, un peu comme si l’on se tenait debout pour regarder un défilé dans la rue.

L'avis de Tënk


Envisageant le septième art comme une parade d’images, Lock s’attarde ici aux potentialités du montage comme une forme de narration protéiforme. Scindé en trois chapitres, ce très court métrage expérimental déploie trois formes de récits distincts, évoquant les cadres formels concurrents du cinéma des années 20. Embrassant la linéarité du drame hollywoodien classique, son « histoire sordide » de cochambreurs est immédiatement intelligible, évoquant la tragédie familière d’attendre pour les toilettes dans un espace partagé. Le réalisateur ne manque pourtant pas de subvertir la causalité des champs-contrechamps grâce à un raccord-regard inattendu par-delà la serrure d’une porte. Pour le cinéaste créatif, semble-t-il dire, l’horizon d’attente pourvu par le montage romanesque est une occasion parfaite pour surprendre le spectateur.

S’ensuivent deux expériences sur le principe de simultanéité qui pourvoient deux visions complémentaires de l’expérience urbaine. Le tout débute par un agencement stratigraphique de fragments anatomiques (des mains, des pieds, un visage ébahi) superposés sur la silhouette d’une ville, dans un rapport fantasmagorique qui évoque les vues de l’esprit oniriques chères au cinéma surréaliste. Le troisième chapitre est plus eisensteinien, préoccupé par des questions de rythme et de métaphores visuelles. Il évoque les films symphoniques de Vertov et de Ruttman, mais dans le Toronto des années 70, où le stress journalier côtoie le spectre du consumérisme et l’érotisme sublimé typique du réalisateur, dans un monde de désirs (sexuels et matériels) inassouvis qui rappelle la facture impressionniste des premières œuvres tout en préfigurant les gentilles grivoiseries de The Ache (2009).

 

Olivier Thibodeau
Critique


 

Présenté en partenariat avec
 

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