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95 jours
72 min
Canada, 1975

Production : Keith Lock
Anglais

Les films de Keith Lock



Résumé


Au début des années 1970, Keith Lock s’est installé dans la communauté hippie de Buck Lake, au nord de Kingston, en Ontario. Il s’y est rendu pour rejoindre les membres de la scène underground de Toronto, afin de mettre en images la vie quotidienne d’une société horizontale et idéaliste, libérée de l’oppression urbaine. Le résultat est l’un des chefs-d’œuvre du cinéma expérimental canadien, mais surtout un film à l’esprit libre qui remet en question l’idée même de liberté.

L'avis de Tënk


Quand Keith Lock entend pour la première fois parler de Buck Lake, le projet d’y vivre en communauté, coupé du monde, n’est qu’un rêve hippie, typique des vagues de retour vers la nature qui bercent les espoirs des années 1970. Plus encore, le jeune diplômé de la première cohorte d’études cinématographiques de l’Université York a des ambitions de faire un film « sur le Canada », cherchant à définir ce projet national et identitaire encore trouble et balbutiant, à l’heure où lui-même, immigrant chinois de troisième génération, est aux prises avec ses propres doutes sur sa culture diasporique, encore fragile, encore humiliée.

Arrivé là-bas, le choc est plus viscéral que prévu. En résulte une méditation à la fois poétique et schématique sur les saisons qui passent, sur ce qu’on apprend en vivant de la terre en matière de débrouillardise et d’ingéniosité, sur ce qui arrive quand on braque notre caméra sur des gens qu’on aime et qu’on respecte. Bien que le film de Lock ait des allures d’invitation naturaliste aux accents ethnographiques, c’est le rythme lyrique de ce trip, pensé de manière cyclique, structuré par des glyphes imprimés sur la pellicule-partition, qui lui donne ses allures de formule secrète, qu’un cercle toujours plus grand d’initié·e·s peut apprendre à reconnaître et murmurer. Tout, partout, revit, encore, toujours, et à nouveau maintenant avec l’arrivée des films de Keith Lock dans la cinéphilie francophone. Prenez place autour du feu, ne faites pas attention aux cochons ni aux policiers. Bienvenue à Buck Lake. 


 

Mathieu Li-Goyette
Critique de cinéma, programmateur, chercheur
et rédacteur en chef de la revue Panorama-Cinéma
 

Présenté en partenariat avec
 

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