Cinq film pour découvrir les mille et un visages du Québec, en comprendre les héritages et susciter des discussions, à l'attention des nouveaux et nouvelles arrivant·e·s!
Patrimoine • Vues d'ici • Société • Archives • Histoire • Mémoire
Résumé
La turlute des années dures, c’est une tragédie musicale, un journal chanté, un récit des souffrances, de la solidarité et de la résilience des gens ordinaires, lors de la Grande Crise des années 30. C’est aussi un voyage dans le temps à bord du train fou de l’économie. C’est la révélation de cette mémoire collective que l’histoire cherche à nous faire oublier, mais dont les gens du peuple se souviennent avec la précision d’un mauvais rêve; ils et elles nous la chantent et nous la racontent tantôt avec poésie, tantôt avec colère mais toujours avec chaleur et émotion. Quarante ans plus tard, le film résonne encore très fort dans le contexte actuel et nous rappelle que l’histoire se répète, que les inégalités sociales continuent de se creuser et que ce système est toujours aussi impitoyable.
L'avis de Tënk
« Dans ce film, j'ai été principalement marquée par le militantisme. Les gens ne voulaient pas rester dans une situation qui n’allait pas bien, qui devait changer. Le gouvernement qui était là n’écoutait pas nécessairement la population. Les gens ont décidé de faire bouger les choses. On peut bouger encore, on peut faire en sorte que le gouvernement nous écoute, parce qu’il faut travailler pour nos enfants, pour nos petits-enfants qui s’en viennent, comme ces gens-là ont pensé à nous, aujourd’hui. Il faut penser aux futures générations. »
Chrislande Cerant
Haïtienne, au Québec depuis 2013
Des questions pour aller plus loin
- Aviez-vous déjà entendu parler de la Grande Dépression?
- Est-ce que votre pays d'origine a été touché par la Crise?
- Avez-vous déjà échangé avec vos parents ou grands-parents autour de leurs conditions de vie durant leur enfance?
- Avez-vous déjà pris par à une lutte sociale ou à une mobilisation sociale?
- Qu'avez-vous appris de La turlute quant aux spécificités du Québec? Qu'est-ce qui vous a le plus étonné·e?
- Que connaissez-vous du passé du Québec? Saviez-vous que le clergé catholique a eu une grande influence sur les communautés francophones?
- Pensez-vous que nous sommes à l'abri d'une nouvelle grande crise économique?
Pistes de réflexion
Près de 100 ans après la Grande Crise, que retenons-nous de cette période d’effondrement économique? Alors que plusieurs analystes soulignent des similarités avec la période actuelle, il apparaît particulièrement intéressant de replonger dans cette période. Filmé au début des années 1980, soit 50 après les événements, La turlute des années dures est un témoignage particulièrement révélateur de l'esprit de l'époque en faisant reposer le récit sur les souvenirs individuels plutôt que sur les récits d’historien·ne·s. En donnant la paroles à des gens ordinaires ayant traversé cette période extraordinaire, le documentaire nous donne un accès direct et imagé aux conditions miséreuses dans lesquelles était maintenu le peuple.
Rythmé par des chansons populaires, La turlute rend particulièrement vivante la mémoire des événements et dévoile comment ce traumatisme historique continue d'habiter la mémoire collective. Cet archivage musical et mémoriel est un geste étonnamment - et paradoxalement ! - visionnaire. Si les cinéastes se plongeaient alors dans le passé, ce n’était pas par nostalgie, mais bien par lucidité face au présent. Le « train fou de l’économie » ne semble pas plus sécuritaire, et les gardes-fous se font de plus en plus rares. Qui saurait, aujourd’hui, l’arrêter ou le ralentir ?
Le visionnement de La turlute des années dures dévoile une facette méconnue de l’histoire québécoise. S'il permet de se lier d’affection et d’éprouver de la reconnaissance envers les gens qui nous ont précédé·e·s et qui ont mené des combats pour la justice et l’équité sociales, il ravive également le sens de l’agentivité; nous sommes le pouvoir, même si tout semble indiquer le contraire. Par son sujet, le film dresse un pont de solidarité envers tous les peuples opprimés; la misère et les injustices ne connaissant pas de frontière. La turlute des années dures donne envie d’entamer des chants de protestation en chœur, par-delà les frontières, et du temps, et de l’espace !