Résumé
Audrey, une femme dans la mi-cinquantaine, n’a jamais pu faire la paix avec son histoire familiale tumultueuse. Épaulée par son fils, le réalisateur du documentaire, elle décide de confronter ses démons en revisitant une scène marquante de son passé : le moment où elle a révélé à ses parents que son grand-père l’avait agressée sexuellement. Ensemble, à travers un processus de création d’un an, ils transforment cet échange maladroit en un moment de communion, grâce à des acteur·trice·s, un décor et le désir d’Audrey de se faire justice.
L'avis de Tënk
Audrey a choisi le cinéma pour raconter son histoire, exorciser ses démons et se réconcilier avec la vie. Alors que ses parents ne l’ont jamais soutenue dans la confrontation du traumatisme d’avoir été abusée sexuellement par son grand-père, elle se tourne vers sa descendance pour l’appuyer dans sa démarche. Son fils cinéaste l’accompagne, prêt à la soutenir dans ce qui s’ensuivra, du malaise à la libération en passant par la difficulté des aveux et de l’ouverture à l’autre. Elle va crier est une œuvre exemplaire dans l’illustration de la puissance de l’art comme force de témoignage, d’apaisement, de réconciliation, de réparation.
Si le film évoque rapidement l’excellent court métrage Elle pis son char de Loïc Darses (2016), qui raconte (différemment) une expérience et une démarche similaires vécues par un autre duo mère-documentariste, la différence entre les deux films dépasse largement la simple durée. Par le biais de mises en scène avec des acteur·trice·s, le film donne vie à la vision d’Audrey. Les scènes lui permettent de revisiter le souvenir douloureux de sa révélation à ses parents, puis d’imaginer via la fiction ce qu’elle aurait espéré entendre. Éloi Baril prend un risque énorme, tant pour sa mère que pour lui. Les réactions de chaque membre de la famille touché·e par cette histoire, Audrey en tête, sont complètement imprévisibles. Mais la possibilité de catharsis est trop importante pour ne pas essayer.
L’aspect le plus captivant du film n’est pas tant l’émotion vive qui s’en dégage, quoique celle-ci soit bouleversante, mais le choix de faire du processus de travail et d’exploration de ce geste à la fois thérapeutique et cinématographique la matière même de l’œuvre. Du montage des photos de famille jusqu’à la décision de poursuivre l’enregistrement du son après avoir coupé l’image, chaque acte filmique parle du désir pour Audrey (et pour son fils) d’aller au bout de l’expérience. De reconnaître qu’elle est affectée aujourd’hui encore par ce qui lui est arrivé sans se sentir coupable. De transcender ce traumatisme en créant sa propre justice pour commencer une nouvelle vie.
Claire Valade
Critique