Résumé
À 60 ans, Johnny Libertella a vécu toute sa vie dans le quartier Rosemont–La Petite-Patrie. Tout comme ses parents avant lui, il réside juste au-dessus de son commerce sur la Plaza Saint-Hubert. Cet introverti a choisi de se donner corps et âme à son commerce. Depuis plus de trois décennies, il se tient religieusement derrière le comptoir de sa boutique spécialisée dans les bottes de cowboy et ne s’aventure en dehors de la Plaza que pour aller voir sa fille unique tous les dimanches.
L'avis de Tënk
Johnny Libertella : 1 million de bonjours semble le simple portrait d'un cowboy vendeur de chaussures au milieu de la Plaza Saint-Hubert à Montréal. Seulement.
Le film s'ouvre sur un tunnel obscur; une invitation à le traverser et à prendre place dans un parterre imaginaire, juste avant que les feux de la rampe ne s’allument. Et le voilà devant nous, Johnny, dans son personnage le plus rodé : roi-serviteur d'un royaume de soldats-bottes, droits et au garde-à-vous, rayon après rayon. Prêt à chausser quiconque franchit le seuil, Johnny offre des rêves de western, son sourire et la monnaie rare de l'attention. Dans son royaume, chaque chose a sa place, chaque geste, sa raison d'être.
Johnny fait penser à Agilulfe, le chevalier inexistant d'Italo Calvino : soldat parfait, il répond au chaos du monde par sa précision et sa dévotion. Si Agilulfe doit partir à la recherche de son identité, Johnny, lui, n’a pas besoin de quitter son royaume-magasin qui contient tout. Les photos du passé, les mots d'amour de ses employés gravés dans le mur, le verre de vin en hommage au père. Pourtant.
La caméra s'éloigne un instant : Johnny regarde dehors, à travers la vitrine, les lumières fatiguées d'un autre Noël dans la rue. Palais ou forteresse?
Agilulfe finit par se dissoudre — son existence sans fondement dans le réel ne tient pas. Johnny, lui, reste. Demain, il remontera encore sur les planches. Comblé.
Arianna Bardesono
Cinéaste et diplômée de L'inis