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95 jours
10 min
France, 2024

Production : Jack Farman
Français
Français, Anglais

(Re)voir le vivant



Résumé


Dans un jardin communautaire à Nanterre, des habitant·e·s se réunissent chaque semaine autour d’une espèce pionnière, le Paulownia tomentosa, qui sera un jour plantée dans les futures stations de métro du Grand Paris. À travers ces rassemblements, iels apprennent comment les plantes réagissent au sol, à l’eau et aux conditions urbaines, tout en imaginant collectivement ce que leur quartier pourrait devenir. Pour accompagner cet imaginaire, le film fait terrain dans une forêt semée, où des espèces pionnières ont, en trente ans, créé les conditions d’un écosystème vivant, une forêt où les habitant·e·s et la terre se façonnent mutuellement.

L'avis de Tënk


Le court métrage documentaire Espèces pionnières de Jack Farman est une œuvre qui explore la relation entre la nature, la ville et l’aménagement des espaces verts. En à peine neuf minutes, le film tisse un dialogue visuel entre des paysages ruraux et des aperçus urbains de Paris, où la nature est délibérément introduite et cultivée.

Le titre fait référence à la notion écologique d’espèces pionnières : des organismes qui préparent le terrain pour d’autres formes de vie. Le film transpose ainsi cette notion dans un contexte urbain, montrant comment des pratiques collectives et des micro-interventions peuvent transformer le tissu de la ville. Dans ce contexte, la communauté Hyper Voisins de Paris devient le symbole d’une écologie quotidienne faite d’arrosage, de compostage et d’entretien des espaces communs. Ces actions minimes, presque invisibles, sont présentées comme de véritables gestes d’aménagement capables de générer de nouvelles formes de cohabitation entre l’humain et le végétal.

La réflexion théorique qui traverse le film est particulièrement intéressante. Elle s’appuie sur la pensée de l’anthropologue Tim Ingold, qui oppose deux modèles de création : l’un ouvert et adaptatif, où les graines poussent en fonction des conditions du sol, et l’autre plus contrôlé, qui limite l’autonomie des écosystèmes. Cette tension est au cœur du propos : concevoir signifie-t-il vraiment contrôler, ou bien activer des processus déjà existants?

La mise en scène du film privilégie un rythme contemplatif et un montage par analogie, qui juxtapose des espaces participatifs de verdure urbaine et des paysages naturels comme les éléments d’un système unique en transformation. Le résultat est une œuvre à la fois poétique et politique, qui invite à repenser la ville comme un organisme vivant. Espèces pionnières suggère que l’avenir de l’espace urbain ne réside pas dans l’imposition de formes définitives, mais dans le soin patient apporté aux conditions qui rendent la coexistence possible.

 

Marco Bertozzi
Professeur, Università Iuav di Venezia

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