Résumé
Entre deux combats, exploration de l’humanité d’un gladiateur moderne. Gaétan Hart se bat pour « gagner son steak », parce qu’il est ce qu’il fait, et parce qu’enfiler les gants et donner tout ce qu’il a en avalant les coups lui confèrent de la dignité…
L'avis de Tënk
Inspiré d’une nouvelle de Jack London, Le steak brosse un portrait saisissant de Gaétan Hart au moment où le boxeur, fin trentaine, s’apprête à remonter sur le ring après une pause de six ans. Le duo Falardeau-Leriche filme l’homme dans son quotidien modeste – d’un chantier de construction à une salle de classe pour adultes, en passant par une chambre d’hôtel en bordure d’autoroute –, pendant son entraînement et lors d’un combat contre Michel Galarneau. Pour une rare fois devant une caméra, il parle, avec une authenticité désarmante, de son parcours d’autodidacte et de sa vision de l’existence avec beaucoup de lucidité et de pragmatisme.
Quiconque ayant lu Falardeau, que l’on entend hors champ mener l’entretien avec Hart, sait à quel point sa passion pour le monde de la boxe était grande. Admirateur de Fat City (John Huston, 1972), film de fiction aux accents beat consacré à un boxeur amateur paumé, le cinéaste a également souvent évoqué sa fascination pour l’incontournable court métrage Golden Gloves (Gilles Groulx, 1961). Placée en exergue du Steak, la citation de London à propos de son intérêt pour les « primitifs » pourrait par ailleurs résumer l’essentiel du rapport de Falardeau (et fort probablement celui de sa coréalisatrice) aux classes sociales.
Rythmé par une partition jazz signée Robert Leriche, Le steak pose un regard humaniste et juste sur un sport exigeant, précis et parfois foncièrement beau, discipline qui se situe en réalité bien loin de « ce que les bien-pensants-déjà-morts considèrent comme de la barbarie. ¹ »
Jean-Philippe Desrochers
Critique
¹ Pierre Falardeau, « Le noble art », dans Les bœufs sont lents mais la terre est patiente, VLB Éditeur, Montréal, 1999, p. 198