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56 jours
83 min
Allemagne, Israël, France, Turquie, 2020

Production : Survivance, Kamara

Programmé par Danae Elon

Hébreu, Anglais, Russe
Français, Anglais

Portrait



Résumé


Depuis 2011, l’International Christian Embassy, une organisation évangélique, sponsorise à Haïfa l’organisation d’un concours de beauté réservé aux survivantes de la Shoah, résidentes d’une maison de retraite. En suivant le parcours de Sophie Leibowitz, concourante au titre en 2016, Eytan Ipecker interroge la spectacularisation de la mémoire de la Shoah à des fins politiques.

L'avis de Tënk


Esthétisons l’horreur. Marchons pour l’horreur. Maquillons, photographions, sourions. Portraits collés sur des bougies. 10 shekels. « Oh ! Elle a fait Auschwitz ». Notons l’horreur. 1, 2, 3 chantons. « J’ai survécu, j’ai survécu, j’ai survécu. » Refrain. Musique quelconque que l’on sert à n’importe quelle kermesse, mélangée aux néons abrutissants des fêtes que l’on préfère oublier. 

Et puis le silence. 

Viennent les vieilles photographies de familles et d’archives, perdues dans les intérieurs sobres des « survivantes » et dans les rues collées au milieu de lampadaires publics. Pas de commentaires ou d’artifices. Encore moins de confettis ou la présence de l’hymne national. Montrer l’innommable à défaut de l’écouter. Un point c’est tout. 

Puisque sur scène l’oreille attentive est absente. Puisque les femmes ne sont plus femmes mais survivantes, symboles, et surtout, instruments de logiques pécuniaires et de politiques sionistes. « Un commentaire sur Trump ? » demande l’un des animateurs après le discours de paix d’une des participantes… « Non ! ». 

Alors on coupe, on triture, on récite la guerre pour qu’elle soit plus impressionnante, plus aguicheuse. Vendable. La guerre consommée, achetée. « Mais c’est important de le dire ! ». Certes, mais c’est encore « trop long ». Version courte de la mémoire. Et puis la première dame soutient l’évènement. Et le buffet. Et les conversations mondaines et son brouhaha habituel. Mémoire interrompue. 

Alors oui, ces retraitées gagnent un endroit où dormir, où passer les « vieux jours ». Mais qu’en est-il de l’acceptation; de la vie après la survie ? De « leur monde intérieur » supposément exposé lors du concours ? Il n’est que lissé, aseptisé, englouti, noyé sous les produits cosmétiques que l’on remet froidement aux gagnantes dont le sourire s’efface peu à peu. 

 

Rémi Journet
Assistant éditorial de Tënk

 

 

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