Item 1 of 4

90 jours
84 min
République Dominicaine, 2022

Production : Zero Chill, Viewfinder
Espagnol
Anglais

Mémoire



Résumé


À travers une série de reconstitutions mettant en scène sa famille et elle-même, la cinéaste Victoria Linares Villegas retrace la vie oubliée de son cousin, le cinéaste queer et militant politique Oscar Torres, brouillant les frontières entre sa réalité et la sienne.

L'avis de Tënk


Dans Lo Que Se Hereda, Victoria Linares Villegas propose un geste profondément intime : revisiter sa propre histoire pour enfin habiter son identité avec lucidité et fierté. Ce qui commence comme une enquête personnelle devient rapidement un travail de mémoire, mais surtout un acte de réparation face à un oubli imposé.

La cinéaste ne se contente pas de raconter : elle s’implique, se met en scène, se dédouble. À travers une série de reconstitutions où elle incarne elle-même son oncle, elle brouille volontairement les frontières entre elle et lui, entre présent et passé. Ce jeu de miroir devient central : plus elle cherche à comprendre son cousin, Oscar Torres, plus elle se découvre elle-même, révélant des correspondances troublantes entre leurs trajectoires et leurs élans.

Le film assume pleinement son dispositif. Rien n’est caché : au contraire, la fabrication est exposée, presque revendiquée. Cette transparence donne au projet une dimension fragile, où la vérité ne réside pas dans les faits bruts, souvent absents, mais dans l’effort même de les reconstruire. Car face au manque d’archives, à la disparition des traces, Linares Villegas choisit la création comme moyen de connaissance. Elle remplace le vide par l’imaginaire, transformant l’enquête en geste artistique.

Ainsi, le film devient une archive vivante, un espace où l’histoire familiale dialogue avec l’histoire politique, marquée par les silences. En redonnant voix à une figure queer et militante longtemps marginalisée, la cinéaste met en lumière ce qui a été volontairement tu. Elle laisse une trace, non pas figée, mais mouvante, habitée par le doute et la subjectivité.

C’est dans cette tension entre mémoire et invention que le film trouve sa force : faire du cinéma non seulement un outil de transmission, mais un lieu où l’on peut enfin réexister.


 

Miryam Charles
Cinéaste

Item 1 of 4
Item 1 of 4

Item 1 of 4