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62'

Bosnie-Herzégovine, 2019

Production : Hava Sarajevo

Bosnien

Français, Anglais


Mémoires balkanisées



Résumé


Ce long métrage documentaire porte sur Dino, un jeune homme qui a passé une partie de sa jeunesse dans les communes religieuses radicales du mouvement wahhabite en Bosnie-Herzégovine. Son père, fils d’une mère catholique bosniaque et d’un père communiste, a eu du mal à reconstruire sa vie après la guerre avant de rencontrer des membres d’un groupe islamiste radical qui lui ont présenté leur version de la religion comme un possible salut à ses souffrances. Il intègre ce groupe et quitte Bihać, sa ville natale qui lui paraît alors trop laïque, puis il emmène sa famille à Maoča. Après avoir participé à son insu à une attaque terroriste et passé quelques mois en prison, Dino renonce à sa religion et retourne vivre à Bihać, sa ville natale, coupant les liens avec son père radical et sa famille afin de se construire une nouvelle vie.

L'avis de Tënk


Comme d'autres mots arabes, ćafir (infidèle) est un mot archaïque qui a récemment fait sa réapparition dans le lexique bosniaque, tout comme šehid (martyr). Pendant une grande partie de son histoire, la Bosnie a été le théâtre de débats sur l'islam politique, la laïcité et l'identité. Après une période de laïcité dans la Yougoslavie socialiste, les guerres des années 1990 ont entraîné une résurgence de l'identité religieuse musulmane, ainsi qu'un afflux d'influences étrangères visant à rendre plus conservatrice la forme d'islam qui était traditionnellement « modérée » en Bosnie. Qu'est-ce que la tradition en Bosnie ? Quelle est la place de la Bosnie dans l'oumma ?

Ce débat est personnifié à l’intérieur même du personnage de Dino, le héros et le seul interlocuteur du film qui, avec son charisme irrésistible et authentique, anime sa propre histoire. Le style documentaire sans complaisance de Latić-Hulusić suit Dino comme un ami fidèle et le public est invité à pénétrer dans les paysages intimes de sa vie où il nettoie assidûment sa maison modeste, coupe l'herbe avec une faux rouillée, construit une niche pour chien, désherbe la tombe de sa grand-mère ou fabrique des kljukuša. Le portrait solitaire et le cinéaste invisible servent à rendre encore plus poignante la déchirure créée par sa double discrimination – celle venant de sa famille puisqu’il n’est pas croyant, et celle de la société bosniaque qui l’associe à l’extrémisme. La dévastation sociale et économique résultant de la guerre de Bosnie est à peine mentionnée, mais elle constitue l'échafaudage d'une grande partie de l'histoire de Dino. L'élan émotionnel, psychologique et économique qui peut conduire les gens vers la fausse promesse de l'extrémisme est traité avec une tendresse rafraîchissante, mais la découverte la plus profonde du film est Dino lui-même. Ni particulièrement éduqué, ni cosmopolite, ayant passé une grande partie de sa vie dans une communauté radicale et isolée, impliqué à son insu avec un terroriste et même brièvement emprisonné, Dino fait preuve d'une qualité de plus en plus rare : le courage moral. Humble et honnête, l'histoire de Dino offre une rare lueur d'espoir sur la capacité des individus à développer leur propre boussole morale, même en désaccord avec leur famille, leur communauté ou leur pays. 

 

 

Tea Hadžiristić
Écrivaine et fondatrice du Yugoslav Black Wave Film Club

 

 

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