Résumé
Tourné sur quinze ans, Deuses de pedra (Dieux de pierre) dresse le portrait d’une communauté rurale située à la frontière ancestrale entre la Galice et le Portugal. À travers les yeux de Mariana, une jeune fille grandissant au cœur des contes, légendes et histoires locales, le film explore les liens entre le passé et le présent, l’enracinement et le changement. Au fil du récit, la magie des traditions se confronte aux dilemmes de la modernité. À 18 ans, Mariana doit faire un choix décisif : quitter son village, comme l’ont fait ses frères et sœurs, ou rester dans cette région frontalière aux côtés de sa mère.
L'avis de Tënk
Un soir de novembre, je brave le froid et me rends aux RIDM pour me retrouver à la lisière de la Galice, en Espagne, et du Portugal, là où ces territoires se touchent. Sur cette frontière, ce soir-là, je fais une rencontre mémorable.
Le film brouille toutes les frontières : celles du réel et de la fiction, de la couleur et du noir et blanc, du passé et du présent. Il ne cherche pas l’expérimentation pour elle-même, ni une nouvelle manière de faire image. Il expose simplement le temps, probablement le plus grand allié du cinéma. Iván Castiñeiras Gallego a résolument pris son temps et celui du film, les a tissés aux territoires pour en construire un récit impressionniste qui donne envie de marcher sur cette ligne.
Car qu’est-ce que le cinéma? On cherche à le définir, à le réinventer. Et puis, parfois, quelque chose advient. Une âme et un son traversent la frontière de l’image. L’image devient elle aussi poreuse et se met à troquer avec nous quelque chose, comme ces solidarités transfrontalières historiques.
Et soudain, nous voilà sur une mobylette diesel avec le facteur, à livrer les correspondances dans ces petits villages de pierres aux maisons tellement entrelacées que les voitures américaines ne passent pas. Tant mieux. Nous entrons dans l’intimité de familles où planent d’imminents drames territoriaux, notamment avec les intérêts miniers qui ratissent toujours plus large.
Le film laisse des mystères derrière lui. Les pierres et les dieux sont là, silencieux et enracinés. Je préfère les laisser là où le film les a trouvés. Depuis, j’ai marché et aimé ce territoire. Ce genre de cinéma est une rencontre.
Sylvie Lapointe
Cinéaste