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95 jours
62 min
Allemagne, France, Serbie, 2013

Production : TkH [Walking Theory], Les Laboratoires d'Aubervilliers, Universität der Künste Berlin, Joon Film
Serbe
Français, Anglais

Les films de Marta Popivoda



Résumé


Ce film interroge la manière dont une idéologie se met en scène dans l’espace public à travers des performances de masse. Pour ce faire, Marta Popivoda a rassemblé et analysé des archives filmiques yougoslaves allant de 1945 à 2000. En ciblant les performances officielles de l’État (actions pour le travail des jeunes, défilés du 1er mai, célébrations de la Journée de la jeunesse, etc), et les manifestations d’opposition (1968, manifestations étudiantes et populaires des années 90, révolution du 5 octobre, etc.), elle montre par ces images l’épuisement du lien entre un État communiste et son peuple.

L'avis de Tënk


Marta Popivoda nous plonge avec brio et honnêteté dans son travail de reconstruction intime et politique d’une mémoire yougoslave socialiste. À grand renfort d’images d’archives au format quatre tiers (4:3) couvrant la période 1945-2000, accompagnées des voix de l’époque et de ses méditations en voix-off, Marta Popivoda s’emploie à revisiter l’histoire et l’implosion d’un pays communiste aujourd’hui devenu sept États-nations capitalistes. Il s’agit ici de s’émanciper des récits archétypaux sur les systèmes sociaux de l'ex-URSS : pas de nostalgie ou de lyrisme, mais un rappel de ce qu’un système social qui centre l’intérêt collectif rendait possible au-delà de la violence des institutions politiques qui l’ont dévoyé.

Comme son titre l’indique, Yougoslavie : comment l'idéologie a mû notre corps collectif explore l’évolution de l’idéologie communiste à travers sa matérialisation dans l’espace public. En effet, le collectivisme était intrinsèquement lié aux performances de masse, réelles et mises en scène, abondamment documentées par l’État lui-même. Ainsi, nous avançons au fil de l’Histoire de la Yougoslavie, de défilés du 1er mai en célébrations de la Journée de la Jeunesse, de scènes de travail collectif, à toutes sortes de performances officielles. Là où Popivoda introduit de la nuance, c’est lorsqu’elle fait émerger les dissensions au sein de ce ballet savamment orchestré par les autorités en faisant apparaître toutes les performances de masses spontanées (contre-manifestations de 1968 et de 1990, par exemple) comme autant de voix décidées à révéler la complexité du roman national. C’est l’effondrement d’une idéologie et son remplacement par d’autres, tout aussi mortifères (capitalisme et nationalisme sauvages, en particulier sous Milosevic) que nous montre Popivoda, sans fard ni manichéisme.

Si Yougoslavie : comment l'idéologie a mû notre corps collectif nous hante longtemps après l’avoir terminé, c’est peut-être parce qu’il vise avant tout à briser le silence et la confusion de plusieurs peuples, nous ramenant à nos propres identités fragmentées et nos propres traumas nationaux?

 

 

 

Amandine Gay
Cinéaste

 

 

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