Résumé
Du camp de Shatila à Beyrouth à celui de Dheisheh à Bethléem, ce film dresse le portrait de deux adolescentes – Mona, 13 ans, et Manar, 14 ans – qui, séparées par l’exil, vont faire connaissance et se lier d’amitié via Internet, jusqu’à ce qu’une rencontre devienne possible à la faveur des événements politiques. Tourné après la libération du Sud-Liban de l’occupation israélienne et le début de la seconde intifada, le film, en témoignant du processus de cette rencontre, questionne les relations entre mémoire, rêve et identité palestinienne.
L'avis de Tënk
Filmé exclusivement à hauteur d’adolescent·e·s, Rêves d’exil nous donne à voir ce que signifie naître et grandir sous l’occupation. Évoluant dans l’enceinte de deux camps de réfugié·e·s palestinien·ne·s — l’un au Liban, l’autre en Cisjordanie —, ces jeunes portent déjà sur leurs épaules le poids d’innombrables épreuves. On pourrait croire leur innocence perdue à jamais. Comment se projeter vers l’avenir, nourrir des aspirations, apprendre à croire en soi et en l'autre lorsqu’on grandit au milieu de tant de violence? Et pourtant, malgré tout, l’innocence de la jeunesse triomphe ici : dans leur capacité à discerner la beauté au quotidien, à tisser des amitiés et des solidarités avec une facilité désarmante, à vivre avec candeur, humour et joie. À rêver, encore et toujours. L’enfance apparaît alors comme un espace de résistance où subsiste la possibilité d’un autre monde.
Mai Masri filme avec beaucoup d’intelligence des fragments de leurs vies, portés par l’énergie et la fougue de la jeunesse. En mettant en lumière ces existences entravées, la cinéaste oppose à l’effacement une véritable éthique du regard. Elle voit ces jeunes, et nous les voyons à notre tour. Le cinéma devient alors un geste de mémoire active, un refus que ces vies et ces rêves sombrent dans l'oubli. Vingt-cinq ans après le tournage, une question demeure : que sont devenu·e·s Manar, Mona, Samar et tous les autres? Sont-iels encore en vie, réfugié·e·s, en exil, en sécurité? Et leurs enfants… qu’en sera-t-il de leurs enfants?
Jason Burnham
Responsable éditorial de Tënk