Résumé
Simon vit avec un cancer du cerveau inopérable qui hypothèque ses jours. L’heure des grandes décisions approche. Soutenu par Marianne, sa conjointe, Simon se tient à la lisière de deux mondes, fragile, lucide, présent à tout ce qui l’entoure. Filmé presque entièrement de nuit et en noir et blanc, le documentaire témoigne de leur dernier été ensemble.
L'avis de Tënk
Pour un long métrage, Simon & Marianne est court, très court. Une heure et des poussières à peine. Et pourtant, il y a dans ce bref espace-temps toute une vie qui se déploie, avec toute la délicatesse à laquelle Pier-Luc Latulippe et Martin Fournier, les virtuoses du documentaire infiniment sensible, nous ont habitué·e·s. Après les remarquables Manoir (2015) et Dehors Serge dehors (2021), les revoici à capter l’intimité absolue de deux êtres qui vivent les moments parmi les plus difficiles de leur couple, ou d’une existence humaine en soi.
L’écrivain Simon Roy souffre d’un cancer du cerveau incurable. Avec sa conjointe, l’indéfectible Marianne, il essaie d’apprivoiser la fin qui s’en vient, la perte de ses capacités et de ses repères, son corps qui le lâche au fur et à mesure que ces facultés mentales déclinent. La mort. L’après, peut-être, l’au-delà, qui sait? Dans une lumière crépusculaire aussi enveloppante qu’apaisante (presque l’entièreté du film est tournée la nuit), Simon et Marianne découvrent ensemble, avec une force bouleversante et une extraordinaire sérénité malgré la tristesse, de quoi est vraiment fait leur amour inébranlable. De promenades nocturnes tranquilles, de petits secrets et de rêves chuchotés, de paresse et de caresses dans l’herbe, de siestes l’après-midi, de questions sans réponses, de chagrin affleurant calfeutré par une insondable tendresse, de passe-temps dans le garage, de mots d’amour, de jardinage, de laits frappés, de coupes de cheveux maison, de câlins, d’appels inévitables à la famille et aux ami·e·s, de vent dans les arbres.
Avec la même sensibilité fine et la patience discrète avec lesquelles ils avaient abordé les ancien·ne·s psychiatrisé·e·s de Manoir et la famille éprouvée par la grave dépression du comédien Serge Thériault dans Dehors Serge dehors, les cinéastes alternent plans généraux et très gros plans avec un respect immense malgré l’aspect extraordinairement privé de ce qu’ils filment. Et Simon et Marianne se confient l’un·e à l’autre, oubliant les caméras pourtant si près, avec une franchise et une lucidité aussi profondément bouleversantes que belles. Vertigineuse et humaine, c’est une œuvre irremplaçable et, tout comme l’amour qui lie Marianne à Simon, frappée par le sublime.
Claire Valade
Critique et programmatrice