Résumé
Film de science-fiction politique tourné dans un style documentaire, Born in Flames nous entraîne dans un futur proche, à New York, dix ans après l’échec d’une révolution sociale. À l’appel de l’Armée des femmes, plusieurs groupes d’activistes se solidarisent en un réseau mouvant et non hiérarchique qui déroute le FBI, combattant dans une atmosphère explosive une société dont les institutions sont à la fois racistes, classistes et sexistes.
L'avis de Tënk
Born in Flames. Film jubilatoire. Bréviaire politique pour féministes en temps de backlash. Mélange inclassable d’agit-prop et d’uchronie socialiste, le film nous entraîne dans les rues de New York, dix ans après l’instauration d’un régime socialiste aux États-Unis. Si les promesses égalitaires de la révolution sont toujours défendues par les pouvoirs en place et relayées par les médias dominants (tiens, tiens…), les femmes – et principalement les femmes noires – sentent bien que ce n’est pas ce qu’elles expérimentent. À l’appel de l’Armée des femmes, différents groupes se solidarisent et tentent de s’organiser pour rendre visible les oppressions encore en cours et rallier les sœurs à leur lutte. Le film rappelle l’énergie féroce et désenchantée des films post-soixante-huitards de Godard, tout en étant ancré dans l’action politique, l’insurrection et la volonté de changement de ses protagonistes.
L’hypocrisie du féminisme blanc, la reconduction des oppressions de race et de genre dans les mouvements progressifs, la diversité des tactiques et des positions au sein des mouvements révolutionnaires… Born in Flames aborde de front des éléments centraux qui caractérisent les luttes progressistes, alors qu’un nouveau backlash s’abat sur nous. Le retour à ce film aujourd’hui m’apparaît salutaire, en ce qu’il nous montre sans faillir les contradictions, tensions et lignes de faille qui constituent nos sororités, tout en nous enjoignant de ne pas baisser les bras devant l’intimidation. À quelque trente et quelques années d’intervalle, on a bien besoin de la dose d’énergie brute et d’inventivité politique et formelle que nous assènent Lizzie Borden et son incroyable bande.
Naomie Décarie-Daigneault
Directrice artistique de Tënk