Résumé
Réalisé durant la brève saison illuminée de Noël, Lights a été tourné entre minuit et une heure du matin, lorsque la circulation automobile et piétonne était minimale, sur une période de trois ans. L’œuvre capte les lumières des décorations des magasins, des vitrines, des fontaines, des promenades publiques, de Park Avenue, ainsi que des façades d’immeubles et d’églises. En raison de températures proches de zéro, la cinéaste Marie Menken conservait la caméra sous son manteau afin de la maintenir à température pendant le tournage.
L'avis de Tënk
Regarder Lights de la peintre et cinéaste Marie Menken, c’est se laisser emporter par une chorégraphie de lumière, éprouver la féérie de sa picturalité abstraite et abandonner son corps à la mobilité d’une caméra dont la gestualité a été souvent comparée à celle de l’action painting. Mais regarder Lights, c’est également faire corps avec la nuit de son filmage. Assemblant des images tournées pendant le temps des Fêtes, de 1964 à 1966, entre minuit et une heure du matin — un moment d’accalmie et de moindre circulation —, la nocturne expérimentale de Menken inscrit la lumière en mouvement sur le support argentique pour en faire un sujet peu à peu autonome, délié des lumières décoratives de Noël dont il prend prétexte.
Mais plutôt que de n’y voir là qu’une étape de constitution esthétique d’un champ de cinéma qui cherche à s’émanciper des dictats, j’aime aussi à penser que ce film, dans sa dimension rituelle et symboliquement liée au recueillement, et à même son artisanat a contrario du consumérisme, fait également signe vers une certaine expérience de la nuit. Celle des gens qui n’ont pas les moyens de se rassembler au chaud, en famille ou entre ami·e·s, celle des gens qui connaissent la phénoménologie de la nuit et de ses lumières plus que quiconque et dont les regards riches et pourtant tus, méconnus, attendent nos mains, nos secours, notre attention.
Maude Trottier
Rédactrice en chef, revue Hors champ