Résumé
Plongée unique en son genre dans la Chine moderne, People’s Park est un documentaire exaltant tourné en un seul plan; un périple ininterrompu à travers un célèbre parc urbain de Chengdu, dans la province du Sichuan. Le film explore les dizaines d’ambiances, de rythmes et de petits spectacles qui coexistent au sein de l’espace social prismatique du parc. Méditation sensorielle sur le temps et l’espace cinématographiques, People’s Park offre un regard nouveau sur les interactions publiques, les loisirs et l’expression de soi dans la Chine d’aujourd’hui. Une oeuvre produite par le Sensory Ethnography Lab de Harvard, laboratoire novateur à l’origine notamment de Leviathan et Manakamana.
L'avis de Tënk
People’s Park est un film qui se vit en deux temps – selon la posture que le spectateur adopte –, dont la force du dispositif filmique impressionne par sa capacité à nous laisser tanguer d’une perspective à l’autre, du macro au micro, librement et sans effort.
Il y a d’abord cette masse grouillante d’êtres humains qui s’impose à notre regard. Forte de ses 21 millions d’habitant·e·s, la capitale sichuanaise de Chengdu porte bien son nom de mégacité. Le mouvement de la caméra, patient et souverain, invite à percevoir le parc comme un écosystème, dans son ensemble, agité telle une ruche en plein essor où l’on danse, marche, mange, chante, discute, pagaie et se prélasse, noyé dans la foule. La riche tapisserie sonore du parc y est d’ailleurs sans répit.
Or, dès que notre regard se détache du cadre de la caméra pour venir percer l’anonymat de ces individus, le portrait change aussitôt. La masse est agitée, mais les citoyen·ne·s qui la composent surprennent par leur détente. Parmi le chaos se dissimule une multitude de temporalités personnelles, paisibles pour la plupart, auxquelles s’ajoute celle de la caméra. Lente et observatrice, elle s’efface tout autant qu’elle habite le paysage. Elle navigue le chaos, sans pour autant nous faire oublier qu’elle en fait également partie. Devant nous se déploie une sorte d’entente tacite entre la masse, le chaos et l’intime. Tou·te·s se côtoient, non pas par compromis, mais bien comme si la présence de chacun·e était nécessaire à la survie du tout.
Jason Todd
Programmateur et cinéaste