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Bande annonce
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Lettre de Sibérie

Cinéaste : Chris Marker France, 1958 PRODUCTION : Argos Films
62'
Français

À propos de ce film

Résumé

Présenté comme la relation, à bâtons rompus, d'un voyageur sans préjugés, surtout curieux du mode de vie des Sibériens, le film est un essai ou plutôt une suite d'essais en forme d'exercices de style qui fait appel à toutes les ressources du langage cinématographique.

Un reportage sur cette vaste et, à l'époque, mystérieuse région soviétique, mais surtout comme l'écrivait André Bazin « un essai de géographie humaine et politique sur la réalité sibérienne... un essai documenté par le cinéma... où l'auteur ne sépare jamais l'intelligence de la poésie et de la fantaisie. »

L'avis de Tënk

À l’origine film de commande initié par l'association France-U.R.S.S., Lettre de Sibérie n’en demeure pas moins une œuvre parfaitement markerienne. Tournant en dérision les films institutionnels ou de propagande pour s’en réapproprier les codes et les transcender, cette bravade remplie d’espièglerie est un véritable prétexte pour s’interroger sur le sens des images et le statut du regard.

La trame épistolaire du film, déclamée par un voyageur-observateur qui aurait pris pour stylo sa caméra afin de rédiger ses missives, relève du pur génie. Dans un ton ludique à la subjectivité complètement décomplexée, le film se construit à même les sinuosités de l’esprit. Marker, conducteur débridé et virtuose sur l’autoroute des images et des sons, avec pour seuls garde-fous les remparts de son imagination, nous offre sa vision éclatée d'une Sibérie à mi-chemin entre tradition et modernité.

Marker n’a rien à faire de la « neutralité des faits ». Il la remplace volontiers par les élans poétiques des digressions que ce territoire mystérieux et ses habitant.e.s lui inspirent. En témoignent les multiples apartés empruntés à différents régimes d’images qui ponctuent le film: capsules animées, vignettes photographiques, actualités imaginaires, faux entractes publicitaires… Sans oublier un très célèbre exercice de style – dont Raymond Queneau ne serait pas peu fier – qui s’attarde à commenter successivement, avec trois intentions bien différentes, une même série d’images captées dans la capitale de Yakoutsk.

Mais derrière ce brillant terrain de jeu dans lequel Marker s’amuse en réelle connivence avec le spectateur, c’est à une profonde réflexion sur la polysémie des images qu’il nous invite. Car les images ne sont jamais banales ni inoffensives, et il est toujours bon de se le rappeler.

Jason Burnham
Assistant à la programmation de Tënk

Cinéaste

Chris Marker

Chris Marker nait en 1921 à Neuilly. Il débute des études de philosophie, vite interrompues par le conflit mondial. Après la guerre, il travaille au sein de Peuple et culture, commence à écrire pour la revue Esprit et à réaliser ses premiers films dont Lettre de Sibérie qui le fit plus largement connaître. Écrivain, photographe, cinéaste et finalement artiste multimédia, Chris Marker est l'auteur d'une œuvre protéiforme et novatrice. Son goût pour l'expérimentation éclate dans La Jetée (1962), court-métrage d'anticipation annonçant ses thématiques de prédilection : le temps, la mémoire, la puissance des images. La même année, il tourne Le Joli Mai, dans les rues de Paris, dans l'esprit du cinéma direct. La décennie 70 est marquée par des films engagés dont le plus célèbre, Le fond de l'air est rouge (1977), dresse un bilan des luttes des sixties tout autour de la planète. Dans ce sillon politique, il explore les liens entre mémoire individuelle et histoire dans Sans soleil (1983) puis dans des hommages posthumes comme Le Tombeau d'Alexandre (1993). Dans les années 1990, le plus souvent en collaboration avec le Centre Pompidou de Paris, il conçoit plusieurs installations qui explorent les frontières entre réel et imaginaire. Il s'éteint à Paris à l'été 2012, faisant figure de référence pour les cinéastes contemporains.