Encore 18 jours

Le train du Labrador

Cinéaste : Arthur Lamothe France, 1967 PRODUCTION : Gaumont
27'
Français, Innu-aimun

À propos de ce film

Résumé

Pour exploiter un énorme gisement de fer, une compagnie privée construit, en plein terrain de chasse innu, une ligne de chemin de fer reliant les mines de Schefferville au port de Sept-Îles. Le documentaire explore la condition des autochtones du Labrador, leur état de dépossession, ainsi que le rôle et la signification du chemin de fer dans ce contexte.

L'avis de Tënk

Le train du Labrador est le premier film de Lamothe consacré aux Innus. Film de commande de la Compagnie Gaumont, qui produisait alors une série sur les trains du monde, il a été réalisé rapidement et avec un modeste budget. Or, on y sent non seulement la fougue et l’énergie propres au cinéma direct en plein essor et dont Lamothe sera un digne représentant, mais on accède avec émotion à des territoires inexplorés jusqu’alors dans le cinéma québécois. Lamothe y sème les bases de ce qui deviendra sa démarche future : un cinéma foncièrement engagé et déterminé à changer le regard sur les réalités autochtones. Mais surtout, il signe une œuvre d’une rare sensibilité et lucidité face à la fragilité de la survie d’une nation. C’est le témoignage cinématographique d’un homme qui assiste à la dépossession d’un peuple et qui se décide à ne pas rester coi, quitte à lutter avec les armes inégales mais increvables de la mémoire, du symbolique et de l’archive. Plonger dans l’œuvre vertigineuse de Lamothe, c’est faire face à l’hypocrisie canadienne : il y a longtemps que nous savons.

Naomie Décarie-Daigneault
Directrice artistique de Tënk

Cinéaste

Arthur Lamothe

Arthur Lamothe est un réalisateur, producteur et monteur né en France en 1928 et décédé à Montréal, au Québec, en 2013. En 1953, il s'installe au Québec, et après l'obtention d'une maîtrise en sciences économiques, il travaille notamment à Radio-Canada, puis rejoint l'Office national du film dès 1962. Il y réalise le désormais culte Bûcherons de la Manouane, un documentaire bouleversant sur la vie de 65 bûcherons isolés dans les forêts enneigées du Haut-Saint-Maurice. Il quitte l'ONF et fonde sa compagnie de production, au sein de laquelle il réalise un drame fictionnel, Poussière sur la ville, qui sera un échec commercial. Il revient au documentaire et réalise en 1970 pour le compte de la CSN un long métrage sur les conditions de travail déplorables des ouvriers de la construction : Le Mépris n'aura qu'un temps. Dès lors, son œuvre sera ancrée dans une perspective résolument engagée. Il entreprend une série de longs métrages sur les Autochtones regroupés sous le titre Chroniques des Indiens du nord-est du Québec qui constitue la majeure partie de son œuvre. Il travaillera de nombreuses années à collecter les récits, les rituels et à documenter les luttes des peuples autochtones, principalement des Innus. On lui doit notamment Mémoire battante (1983), La conquête de l'Amérique I et La Conquête de l'Amérique II (1992), L'écho des songes (1993), dans lesquels il tente d'adopter le point de vue autochtone. En 1980, Arthur Lamothe est le premier récipiendaire du prix Albert-Tessier remis par le gouvernement québécois.