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La rivière Tanier

Cinéaste : June Balthazard France, 2018 PRODUCTION : Le Fresnoy
18'
Français Anglais

À propos de ce film

Résumé

« Ma grand-mère est un mystère ». Depuis que la grand-mère de la réalisatrice a perdu la mémoire, sa simple évocation suffit à raidir les corps. Que caches-tu, Marie Lourdes, dans ton épais silence ? D’un coup, les langues se délient. En la racontant, ses proches conjurent le passé, exorcisent les souffrances par le rire, le rire vital. Ce documentaire, sous la forme d’un film d’animation, part d’un secret de famille logé au cœur des océans qui abritent l’identité créole.

L'avis de Tënk

Comment créer une identité à partir des vides laissés par une histoire de violences et de traumatismes ? Dans ce superbe court métrage sur le déracinement et la perte, June Balthazard entreprend de réinventer la créolité en creusant délicatement dans le noir de l’oubli. Sa technique d’animation, qui consiste à gratter par petites touches sensibles la peinture sombre d’une feuille pour y tracer en clair les contours d’un récit, met au jour les souvenirs enfouis de son aïeule. Pour faire survivre l’héritage de cette passeuse mauricienne, « maîtresse des mots » aujourd’hui réduite au silence, l’artiste compose une narration chorale. La mémoire devient un travail collectif construit au gré des rencontres avec ceux et celles qui ont connu Marie Lourdes et qui aident à reconstituer son portrait. Accordant autant d’importance aux faits qu’à l’imagination, aux rêves et aux croyances, l’autrice dessine avec tendresse l’image forcément incomplète et contradictoire de cette grand-mère mystérieuse — une identité perpétuellement en mouvement.

Charlotte Selb
Programmatrice et critique

Cinéaste

June Balthazard

Née en France en 1991, June Balthazard a étudié à l’Institut Supérieur des Beaux-Arts (ISBA) de Besançon et à la Haute École d’Art et de Design (HEAD) de Genève dans le département Cinéma/cinéma du réel. Elle a également obtenu un post-diplôme au Fresnoy (Studio National des Arts Contemporains) où elle a réalisé deux documentaires : La rivière Tanier et Le baiser du silure. Dans son travail aux formes hétéroclites, elle confronte notamment le documentaire à des genres plus éloignés du réel, qui ne le trahissent pas, mais au contraire l’éclairent et le transfigurent. En ce sens, ses films sont empreints d’un réalisme magique. Son travail a été diffusé dans différents festivals internationaux, tels que le festival du court métrage de Winterthur en Suisse, le festival du film de Hong Kong en Chine, les RIDM ou Visions du réel en Suisse, où elle a reçu le prix Opening Scenes en 2018.