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Alexandre le fou

Cinéaste : Pedro Pires Québec, 2019 PRODUCTION : Pedro Pires
64'
Français Anglais

À propos de ce film

Résumé

Dix ans après qu’une crise psychotique en mer de Chine ait fait basculer son existence, Alex, schizophrène raffiné et sensible, est à la croisée des chemins. À l’insistance de sa grand-mère et confidente, qui désire mourir l’esprit en paix, il se lance à la recherche d’une amoureuse. Sa rencontre avec une jeune femme psychotique donne naissance à une relation passionnelle incandescente qui le fait peu à peu dériver hors de ses frontières émotionnelles. Tandis que les eaux troubles de la mer de Chine refont surface en lui, il s’isole de plus en plus, au risque d’être aspiré jusque dans les abysses insondables de la paranoïa. Une odyssée intime, troublante et sublime.

L'avis de Tënk

Pedro Pires livre ici une œuvre d'une grande beauté. Passé maître dans la grammaire du 7e art, il confirme à nouveau sa pleine possession du médium qu'il met cette fois au service de l'histoire d’Alex, personnage attachant qui a appris à vivre au jour le jour avec sa schizophrénie, cliniquement supervisée par les petites pilules prescrites par son psychiatre. Une histoire racontée avec une infinie tendresse et portée par des images sublimes qui transcendent le quotidien d’Alex comme une main qui caresse, un sourire qui rassure, un murmure qui embrasse.

Le cinéaste pose un regard sensible et doux sur cet état mental trouble qu'est la schizophrénie et les personnages qui l'hébergent ou la côtoient. Tout dans son approche plastique rappelle celle ciselée, contrôlée, fabriquée de la fiction. Et étrangement, il ne tombe jamais dans le piège de l'esthétisme désincarné. Le souci qu'il emploie à sculpter ses éclairages, à fixer ses cadrages et orchestrer la mise en scène des séquences filmées contribuent plutôt à rappeler que la réalité dépasse souvent la fiction et que les personnages du réel sont souvent plus grands, plus complexes et plus fragiles que ceux imaginés dans les récits inventés. Et c'est là que reposent toute la réussite et la splendeur de cette œuvre qui nous permet de nous ouvrir plutôt que de juger; d'embrasser plutôt que de repousser; de comprendre plutôt que d'ignorer.

Des films sur le moment charnière où tout bascule, sur les épisodes de crises, sur les affres de la folie, il y en a une pléthore. Des films sur l'après, qui s'intéressent au retour à une vie aussi normale que possible, il y en a peu. Quand l'être vivant au quotidien avec sa maladie retrouve une extrême lucidité face à celle-ci et apprend à composer avec sa propre vulnérabilité, avec sa médication, avec ses thérapies multiples... Ce moment-là aussi mérite d'être filmé et d'être reconnu. Et Pedro Pires a eu la brillante idée de l'aborder avec tout son talent et son humanité.

À noter, en terminant, qu’« entendeurs de voix » est le terme désormais préconisé pour parler des personnes atteintes de schizophrénie. Une expression infiniment plus poétique pour rendre compte de cette agitation mentale et qui permettra peut-être avec le temps d'en faire tomber les préjugés.

Virginie Dubois
Cinéphile, d’abord et avant tout
Productrice à temps perdu

Cinéaste

Pedro Pires

Après des études en arts plastiques, en effets spéciaux et en infographie, le talent visuel unique de Pedro Pires ne tarde pas à être remarqué par François Girard, Robert Lepage ou Marie Chouinard. Ces multiples expériences l’encouragent à passer lui-même à la réalisation. En 2008 et 2010, ses courts métrages Danse Macabre, lauréat de 43 prix internationaux, et HOPE, récompensé du prix Téléfilm Canada pour le court métrage s’étant le plus démarqué au Canada, inscrivent définitivement son nom parmi ceux des cinéastes à surveiller. En 2011, il collabore pour la première fois avec le Cirque du Soleil pour qui il conçoit les projections du spectacle TOTEM, mis en scène par Robert Lepage. Il fait aussi ses débuts à l’opéra en réalisant les images de Siegfried, un des quatre volets de la tétralogie de Wagner produite par le Metropolitan Opera de New York en collaboration avec Ex Machina. En 2013, il s’associe à nouveau à Robert Lepage pour coréaliser trois courts métrages, Marie, Michelle et Thomas qui, ultimement, formeront le long métrage Triptyque.