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Bande annonce
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Moi, un noir

Cinéaste : Jean Rouch France, 1957 PRODUCTION : Les Films de La Pléiade
74'
Français Anglais

À propos de ce film

Résumé

De jeunes Nigériens ont quitté l'intérieur des terres pour venir chercher du travail en Côte-d'Ivoire. Ils ont échoué à Treichville, quartier populaire d'Abidjan, déracinés dans la civilisation moderne.

Le héros, qui se fait appeler Edward G. Robinson en l'honneur de l'acteur américain, raconte son histoire. Ses amis ont pris, de la même manière, des pseudonymes destinés à leur forger symboliquement une personnalité idéale.

L'avis de Tënk

Cette chronique du quotidien d’un petit groupe d’immigrants nigériens ayant quitté leur pays pour tenter leur chance en Côte d’Ivoire propose une immersion inédite dans leur réalité physique et psychique.

À l’origine de ce projet collaboratif se trouve l’ethnologue français Jean Rouch qui s’intéresse aux effets de la colonisation sur cette jeunesse en quête de repères et de bonheur, évoluant dans une société tiraillée entre traditions et machinisme. Devant la caméra de Rouch, les protagonistes deviennent acteurs de leur propre vie, prenant des pseudonymes, scénarisant des scènes, recréant leurs fantasmes… Rouch laisse ici la fiction s’emparer du réel et fleurir au sein même de l’entreprise documentaire qu’il poursuit.

Trois mois après le montage, il retourne en Côte d’Ivoire montrer le film aux protagonistes. Devant les images, Oumarou Ganda (Robinson) et Petit Touré (Constantine) improvisent un commentaire, se réappropriant l’histoire. L’enregistrement en une seule prise donne naissance à une voix-off aux relents de monologues intérieurs où souvenirs, aspirations et fabulations s’entremêlent et se nourrissent. Il en découle pour Rouch une remise en question de ce qu’avait été jusqu’alors l’ethnographie, c’est-à-dire l’étude d’une population que l’on connaît bien, mais qui nous reste étrangère. En redonnant aux filmés une liberté et une emprise sur le médium, un renversement de l’usuel rapport de force s’opère. C’est la reconquête du colonisé sur le discours.

Un film capital, emblématique de l’ethnofiction, qui décloisonna les genres et traça la voie à la Nouvelle Vague et aux autres initiatives cinématographiques modernes.

Jason Burnham
Assistant à la programmation de Tënk

Cinéaste

Jean Rouch

Jean Rouch est un réalisateur et ethnologue français (1917-2004). Son œuvre, plusieurs fois récompensée à Venise, Cannes et Berlin, se compose de documentaires et de fictions. Le Niger, où il est arrivé comme ingénieur des ponts et chaussées dans les années 40, devient rapidement son terrain de recherche cinématographique de prédilection. Il fait partie des inventeurs d'un genre à part, l'ethnofiction, dont le film Moi, un noir (1958) est emblématique. Jean Rouch capte dans ses films l'évolution du continent africain, mais aussi de la société française, notamment à travers le film Chronique d'un été (coréalisé avec Edgar Morin en 1961). Il se saisit dans les années 60 des avancées techniques (son synchrone et caméras légères) et devient l'un des pionniers du cinéma direct dont le style a largement influencé les cinéastes de la Nouvelle Vague. Dans sa filmographie, on peut également citer Au pays des mages noirs (1947), Les maîtres fous (1954), La chasse au lion à l'arc (1965), Madame l'eau (1992).