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Le dernier train

Cinéaste : Lixin Fan Québec, 2009 PRODUCTION : EyeSteelFilm
90'
Chinois Anglais, Français

À propos de ce film

Résumé

En Chine, à chaque année le même rituel dramatique se produit. Dans les villes-usines du Sud, des millions de travailleurs migratoires se battent pour une place dans des trains bondés de monde. Ils essaient tous de rentrer dans leurs villages pour le Nouvel An chinois. Madame et Monsieur Zhang vivent ainsi depuis une vingtaine d’années. Ils connaissent à peine leurs enfants qui ont été élevés par les grands-parents restés au village. Cette année, la fragile cellule familiale s’est effondrée et les Zhang voyagent avec un autre but en tête : ramener à la maison leur adolescente fugueuse afin qu’elle retourne à l’école et qu’elle n’ait pas à passer le reste de sa vie dans une usine.

L'avis de Tënk

La Chine et ses 1,5 milliard d’habitants, ses 134 millions de nongmingong (travailleurs migrants d’origine rurale), ses 9,5 millions de kilomètres carrés, a des dimensions si colossales que tout repère humain semble se dissiper dans une abstraction gigantesque. Le film de Lixin Fan, réalisateur chinois ayant vécu à Montréal pendant quelques années et ayant évolué entre autres avec la boîte de production EyeSteelFilm, parvient justement à recadrer à échelle humaine les conséquences de l’ultra rapide industrialisation du pays. Au centre du film, via un tournage se déroulant sur de nombreuses années, le drame d’une famille, les Zhang, qui se déploie dans toute son unicité et son humanité irréductible. Ce couple de paysans forcés à l’exil pour le travail a dû laisser ses enfants à la campagne avec les grands-parents. La cellule familiale, décimée, survit avec grande peine à la distance et à la dureté du destin de ces nouveaux ouvriers. L’écart entre la campagne verdoyante, les rituels traditionnels, et l’inhumanité anonyme du travail à l’usine se mesure également à la difficulté inouïe que représente le passage d’un lieu à l’autre. Si les images de milliers de badauds se pressant les uns contre les autres, se bousculant dans une cohue effrayante, tentant de se frayer un chemin jusqu’aux rares et vétustes trains, frappent l’imaginaire, le film de Lixin Fan ne s’attarde pas à cet aspect tristement spectaculaire. Ce qu’il veut nous montrer, ce sont les expressions de Qin, l’adolescente qui ne connaît pas ses parents, sa moue boudeuse, le regard fuyant de son père et les larmes furtivement essuyées de sa mère. Ce que Fan nous raconte, c’est que derrière ces masses compactes et effrayantes de gens se camouflent des milliards de récits et d’individualités que la déshumanisation de l’industrialisation ne parviendra jamais à enrayer.

Naomie Décarie-Daigneault
Directrice artistique de Tënk

Cinéaste

Lixin Fan

Lixin Fan est un réalisateur et monteur d'origine chinoise vivant à Montréal. Né à Wuhan, il a fréquenté l'Université des sciences et de l'ingénierie de Huazhong, et y a obtenu un diplôme en anglais à l'âge de 21 ans. Il a commencé sa carrière en tant que journaliste auprès de la chaîne de télévision nationale China Central Television (CCTV) appartenant au gouvernement. En parcourant le pays, Fan a été témoin d'inégalités sociales et économiques stimulées par l'expansion économique rapide de la Chine. Cela l'a amené à développer une pratique documentaire axée sur les questions sociales.

Lixin Fan a été le monteur du film To Live Is Better Than To Die (2002) sur la crise du sida en Chine, qui a été présenté à Sundance et diffusé sur BBC, CBC et PBS. Il a également travaillé en tant que producteur associé, preneur de son et traducteur sur le documentaire acclamé Up the Yangtze (2007). Son premier long métrage documentaire, Last Train Home(2009), a remporté plusieurs prix. Il a depuis réalisé I Am Here (2014), documentaire sur les concours de chant ayant désormais conquis la Chine, et coréalisé Un nouveau jour sur Terre, documentaire animalier pour la BBC Earth.